Témoignage de recruteur : Camille et le recrutement des développeurs juniors

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Entretien avec Camille Neyse, recruteuse en freelance, située en Ile de France et spécialisée dans l’IT depuis 4 ans. Est il simple de se faire recruter en tant que développeur junior ? Comment un développeur web doit il préparer son entretien d’embauche ? Voila le genre d’interrogations auxquelles nous allons tenter d’obtenir des éléments de réponse.

 

En vous basant sur votre expérience, le recrutement d’un développeur web junior est-il plus complexe à mener que celui d’un développeur expérimenté ? Si oui, en quoi ?

Oui, je dirais que c’est plus compliqué. Déjà, personnellement, j’ai beaucoup moins de demandes pour des postes de développeur junior de la part des entreprises que pour des postes de développeur confirmé. Ensuite, quand on en a, le client est très exigeant. Au niveau des compétences qu’ils exigent, ce ne sont pas de vrais juniors qu’ils cherchent. Je leur fais souvent la remarque, et j’essaie de les recadrer à ce niveau là, mais c’est compliqué.

 

Quels sont les critères qui pèsent le plus dans la balance dans le cadre du recrutement d’un développeur web junior ?

De manière générale, lorsqu’on recrute un développeur web, ce que, nous, en tant que recruteurs, essayons d’estimer avant tout, c’est la curiosité dont fait preuve le candidat. Il faut prendre en compte une chose très importante : les softs skills prennent de plus en plus d’importance dans le cadre d’un recrutement. Bien sûr, le premier filtrage se fait sur des critères purement techniques. Le candidat doit un minimum correspondre aux besoins techniques émis par l’entreprise. Mais une fois passé ce premier filtre, ce qui va faire clairement la différence entre les candidats se joue au niveau de la personnalité et du tempérament. Donc, première qualité particulièrement appréciée des entreprises : la curiosité. L’intérêt que le candidat montre pour l’informatique, le web, les nouvelles technologies… Le métier de développeur web est en constante évolution, donc les entreprises veulent recruter des profils qui vont pouvoir suivre cette cadence. Et le meilleur moyen de suivre ce rythme, d’être au courant des dernières nouveautés, d’être toujours en apprentissage, c’est d’être passionné par le sujet, ou, à minima, d’être de nature curieuse et d’avoir toujours envie d’apprendre. C’est pour cela que le fait de travailler sur des projets personnels, que le candidat peut ensuite montrer via un portfolio, un Github ou autre, est très important.

Autre critère que les recruteurs essaient de sonder : la résistance au stress. Enfin, l’intelligence émotionnelle de façon globale est très considérée (capacité d’écoute, qualités relationnelles, etc).

Il faut prendre en compte une chose très importante : les softs skills prennent de plus en plus d’importance dans le cadre d’un recrutement.

Comment vous y prenez-vous pour estimer ces fameux soft skills lorsque vous êtes face à un candidat ?

En ce qui me concerne, pour pouvoir mieux comprendre la personnalité d’un candidat, je mène des entretiens non conventionnels. J’essaie de donner à l’entretien un aspect de “discussion libre” dont le but est qu’il puisse s’exprimer le plus naturellement possible. Je fais en sorte d’appuyer sur certains points précis qui vont me permettre de cerner l’individu.

 

Dans le domaine du recrutement, il y a-t-il un à priori à l’encontre des développeurs issus d’une réorientation ?

En ce qui concerne les entreprises avec lesquelles je travaille dans le cadre de mon activité, je constate que oui. Leur logique est la suivante : quelqu’un qui est arrivée dans le développement web suite à une réorientation, qu’elle ait été effectuée à 100% en autodidacte ou via une école, n’a pas eu le temps ou  les moyens de bien intégrer la méthode de travail que se doit d’avoir un développeur. Ils sont très à cheval sur la méthode. La façon dont le développeur travaille, structure son projet, s’organise, etc. Il est vrai que c’est un point clé du métier. Ils veulent des candidats qui puissent facilement être insérés dans le cadre d’un gros projet, sur lequel plusieurs personnes travaillent déjà. Dans ce cadre, il faut que la personne soit à l’aise, par exemple, avec la méthode Agile, avec les outils de versioning (Git), avec les process en tout genre que l’on va retrouver dans le cadre d’un projet, etc. Et, pour mes clients, un candidat issu d’une réorientation n’est pas capable, sur ce point, d’avoir le même niveau que quelqu’un qui sort d’un cursus de 5 ans en école d’ingénieur. C’est selon moi un préjugé qui n’a pas lieu d’être, et je défends souvent mon point de vue sur ce sujet. Mais ce n’est pas simple de faire évoluer certaines mentalités.

A mes yeux, un CV n’est pas quelque chose de statique. Il faut voir le CV comme un template, que l’on va personnaliser en fonction de l’emploi auquel on postule.

En vous basant sur votre expérience, quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un développeur web junior, issu d’une réorientation, pour être le plus convaincant possible lors de son entretien d’embauche ?

Il faut que les candidats comprennent bien qu’en entretien, il faut réussir à séduire l’employeur. Ce dernier a des attentes, il faut y répondre. Dans la mesure du possible bien sûr, car cela implique que vous connaissiez ses attentes, et vous n’êtes pas devin. Mais, à travers ce qui a été exprimé dans la fiche de poste, à travers ce que vous pouvez ressentir dans le cadre de vos échanges, dans les questions sur lesquelles il va insister, vous pouvez vous faire un début d’idée sur ce qui compte avant tout pour le recruteur. Essayez de vous adapter à ce besoin. Alors, bien évidemment, il ne faut pas non plus mentir. Cela est inutile car la vérité ressortira à un moment ou un autre. Mais sachez être stratégique et pertinent dans votre manière de présenter et valoriser vos compétences. Faites preuve d’adaptabilité. Je vais prendre un exemple : le CV. A mes yeux, un CV n’est pas quelque chose de statique. Il faut voir le CV comme un template, que l’on va personnaliser en fonction de l’emploi auquel on postule. En entretien, il faut avoir la même attitude. Le recrutement est un exercice subjectif. La sensibilité personnelle de chacun joue un rôle très important. Beaucoup de choses se jouent au feeling. Une fois qu’un employeur est séduit par votre profil, votre personnalité…l’essentiel est fait. Il sera en mesure de faire l’impasse sur certaines exigences qu’il avait au départ et pour lesquelles vous ne correspondez pas parfaitement.

Ces conseils sont valables pour n’importe quel candidat. De façon plus spécifique, concernant les profils issus d’une réorientation, il va falloir essayer de rassurer l’employeur sur les points de blocage que j’ai évoqué précédemment. Il faut lui présenter des projets personnels, et bien insister sur votre capacité à faire preuve d’organisation, de structuration, sur le fait que vous êtes capable de travailler en équipe et de vous intégrer facilement dans un projet en cours.

Je peux également leur conseiller de consulter le site web de recrutement dédié aux profils débutants : La Relève

 

N.B: Les clients avec lesquels Camille traite sont dans des secteurs très divers. En termes de taille, la moyenne des effectifs est d’environ 100 salariés. Il faut bien prendre en compte ce paramètre, car les propos recueillis ici pourraient faire peur ou démotiver certaines personnes. L’attitude décrite ici par Camille, au sujet des employeurs, concerne donc des entreprises d’une certaine taille (et passant, dans le cadre de leur recrutement, par une société spécialisée, ce qui n’est déjà pas le cas de tout le monde). Veillez bien à prendre ces propos pour ce qu’ils sont : le témoignage d’une professionnelle du milieu, qui vous parle de SON quotidien, de SON expérience, en lien avec SA typologie de clients. N’oubliez jamais que vous pouvez trouver un emploi de développeur web dans des entreprises très variées et différentes les unes des autres, en termes de secteur d’activité, de politique d’entreprise, de taille, etc. Les entreprises acceptant d’embaucher des développeurs juniors issus de réorientation existent, il faut juste prendre le temps de les trouver.

Pour plus d’informations sur le domaine du développement web du point de vue d’un recruteur, consultez notre interview de juin 2023 avec Patrick de chez Smile.

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